Kongo-Gamo (région de Gao) : recommencer avec presque rien, le courage des femmes déplacées
Plus de 86 000 personnes déplacées internes (PDI) sont enregistrées dans la région de Gao selon la Matrice de Suivi des Déplacements.
De nombreux ménages déplacés sont hébergés par des familles d'accueil ou dans des sites d'accueil temporaires comme celui de Kongo-Gamo (commune de Gounzoureye), situé à la périphérie de la ville de Gao. Plus de 700 ménages vivent sur ce site, certains depuis de nombreuses années. C’est le cas de Tahya Wallet Rayma, arrivée en janvier 2023 à la suite d’attaques armées sur son village.
« Nous avons quitté notre village dans la précipitation, en laissant tout derrière nous. Nous n’avons rien emporté, même pas une cuillère. Nous avons d’abord trouvé refuge au sein de la communauté hôte avant l’enregistrement et les premières assistances humanitaires », raconte-t-elle.
Avant le déplacement forcé, Tahya disposait d’un magasin et faisait du commerce. Les bénéfices de cette activité qui lui permettait de subvenir aux besoins de sa famille (elle vit avec son mari qui ne peut plus travailler en raison de son âge avancé ; un de leurs enfants mineurs et six petits enfants).
A Kongo-Gamo, elle n’a plus un local comme commerce, mais un étal. Elle y vend des confiseries et surtout du sucre et du thé, très appréciés par tout le monde, résidents ou PDI. Les nouveaux revenus sont certes modestes, mais ils comptent et permettent de ne pas rester les bras croisés. Ils permettent également parfois d’acheter des condiments et de retrouver une part d’autonomie.
Tahya est reconnaissante envers la communauté humanitaire dont les diverses assistances aident les déplacés à se tenir debout. Après l’enregistrement biométrique, « ils nous ont apporté de la documentation civile, des vivres, des abris en bâches, des articles essentiels pour le ménage. Ils ont bâti sur le site, un espace temporaire d’apprentissage, une aire de jeu pour les enfants ainsi que des latrines séparées pour les femmes et les hommes », précise -t-elle, tout en rappelant des abris ont commencé à se détériorer en raison des conditions climatiques rudes dans cette région.
Les PDI ont aussi accès à l’eau potable sur le site à travers deux châteaux d’eau. Tahya comme d’autres femmes, estiment toutefois que « la quantité d’eau est insuffisante par rapport au nombre de personnes ». Les déplacées apprécient le fait d’avoir les points d’eau à proximité (sur le site), ceci réduit les efforts physiques supplémentaires de corvée et évite d’exposer les femmes et les filles aux risques de protection si elles devraient aller chercher l’eau dans un endroit plus éloigné de leur lieu d’habitation. Les violences basées sur le genre (VBG) ne sont pas oubliées. Le site est aussi pourvu d’un espace sûr pour les femmes et les filles, servant de lieu de rencontres et de sensibilisation sur les VBG. Enfin, les PDI continue de bénéficier des soins de santé avec une clinique mobile régulière.
Malgré toutes ces assistances, des besoins persistent, notamment en protection, santé y compris la santé maternelle et en sécurité alimentaire. Les femmes affectées par le conflit et le déplacement portent une charge particulièrement lourde et restent exposées à des risques de protection.
À Kongo-Gamo, les femmes ne demandent pas seulement une assistance d’urgence. Elles aspirent aussi à plus d’autonomie, à des activités génératrices de revenus pour celles qui n’en disposent pas. Mais aussi à des perspectives pour reconstruire leur vie avec dignité. Pour Tahya et les autres déplacées, l’aide humanitaire ne remplace pas la vie d’avant. Mais elle protège, soutient et garde ouverte la possibilité d’un avenir.
Par Ibrahima Koné et Almahmoud Mahmoud